Etude du Lloyd’s: risques prioritaires et degrés de préparation
Le Lloyd's publie une étude sur la perception des risques principaux dans 9 zones géopolitiques et sur le degré de préparation des entreprises pour y faire face.
La crise économique et financière actuelle met en exergue la nécessité pour les dirigeants d’entreprise de repenser leur manière d’appréhender les risques. Ceux-ci évoluent rapidement et les entreprises doivent anticiper aujourd’hui les nouveaux risques auxquels elles seront confrontées demain. La fonction de risk manager, longtemps décriée comme s’opposant à la mise en place des stratégies d’entreprise et à la prise de risques, prend aujourd’hui une place essentielle dans cette dernière.
Afin de comprendre cette nouvelle perception de l’environnement risques et d’identifier une nouvelle façon de penser les risques par les dirigeants, Lloyd’s a mandaté l’Economist Intelligence Unit (ci-après EIU) pour mener une étude auprès de 570 cadres dirigeants issus de tous les continents. Les résultats de cette étude apparaissent dans le rapport Lloyd’s 360 Risk Insight intitulé « Global business leader survey : Risk priorities and preparedness ».
Cette étude adopte une approche par zones géopolitiques afin de mieux tenir compte des spécificités politiques, culturelles et économiques de chacune d’entre elles, de l’état de perception des risques par les dirigeants et de leur degré de préparation face aux risques principaux. Un découpage en 9 zones a été opéré comme suit : Amérique du Nord, Amérique latine, Europe de l’Ouest, Europe de l’Est, Russie, Moyen-Orient et Afrique du Nord, Asie du Sud-Est, Asie du Sud et Chine.
En adoptant une approche globale, l’étude offre ainsi une vision claire et compréhensible de l’environnement risques aux dirigeants d’entreprise et risk managers. Elle met en lumière les risques principaux tels que les perçoivent les dirigeants– perception qui peut radicalement changer d’une zone à l’autre –, l’impact de ces risques sur le devenir de l’entreprise, ainsi que le niveau de préparation des entreprises à chaque risque à travers les mesures que les dirigeants de ces neuf régions préconisent de mettre en place. L’étude montre également que l’environnement local et les attitudes ne façonnent pas de la même manière la gestion des risques dans le monde.
Selon cette étude, parmi les 10 principaux risques retenus globalement par les dirigeants, tous sont directement ou non liés à des considérations d’ordre économique. Ceci s’explique aisément par le contexte économique et financier actuel. Par contre, ils ne partagent pas la même vision de priorité pour des risques relevant des domaines politique, criminel ou environnemental.
- Les coûts et les conditions d’octroi de crédits. Ce risque est prioritaire dès lors qu’il touche directement la survie financière des entreprises ;
- Les taux de change. Ce risque est considéré comme plus problématique pour les économies émergentes ;
- Le risque d’insolvabilité de tiers ;
- La perte de clients / de marchés ;
- La volatilité des prix ;
- L’annulation de contrats;
- Le risque d’une réglementation trop stricte ;
- La responsabilité d’entreprise ;
- Le risque de réputation, fréquemment perçu comme un risque majeur pour les entreprises (the risk of risks) ;
- Les risques liés à l'exécution de projets.
1. Amérique du Nord
De façon générale, la perception des risques en Amérique du Nord est sensiblement la même que la perception globale des risques pour les 9 zones géographiques délimitées dans l’étude. En tant qu’épicentre de la crise économique et financière mondiale, le risque prioritaire des dirigeants nord-américains concerne le coût et les conditions d’octroi des crédits. L’étude indique toutefois que cette préoccupation est moindre au Canada, dès lors que le Gouvernement a toujours défendu une politique d’octroi de prêts assez contrôlée et donc plus restreinte. Par ailleurs, le développement d’une réglementation particulièrement stricte comme la loi Sarbanes-Oxley (SOX) inquiète de plus en plus. La perception du risque de régulation stricte comme étant un risque prioritaire est propre à la zone Amérique du Nord. Les risques considérés comme peu dangereux pour l’avenir des entreprises sont les risques de réputation et de responsabilité sociétale.
Sur les dix risques mentionnés comme étant principaux par les dirigeants interrogés dans la zone, il y en a sept pour lesquels le niveau de préparation excède le niveau perçu de priorité. Ce constat reflète probablement le niveau de maturité que la gestion des risques a atteint sur le continent. Mais paradoxalement, les risques perçus comme hautement prioritaires sont aussi pour lesquels les entreprises sont le moins bien préparées.
2. Amérique latine
Comme dans l’ensemble des zones géographiques étudiées, les dirigeants latino-américains ont une perception relativement uniforme des risques pouvant avoir un impact sévère sur leurs entreprises : fluctuation monétaire, coût et octroi des crédits et risque d’insolvabilité de tiers. Les économies locales sont très dépendantes des Etats-Unis, tant au niveau du commerce que des investissements, et une variation trop importante du dollar pourrait leur être fatale en raison de l’indexation à celui-ci. A côté de cela, les particularités et l’histoire de la région placent deux risques dans le top 5 des priorités de la région : la fluctuation des taux d’intérêt et la vulnérabilité de la région à la fraude et à la corruption.
Contrairement à l’Amérique du Nord, le niveau de préparation des entreprises est bien en-deçà de la perception des risques, hormis pour les risques de réputation et liés à l'exécution de projets.
3. Europe de l’Ouest
La crise économique mondiale influence de manière très sensible la perception des risques principaux en Europe de l’Ouest. Les effets de celle-ci sont multiples mais comme en Amérique du Nord, est davantage redouté et donc représente une priorité le risque lié au coût et aux conditions d’octroi des crédits. Le risque d’insolvabilité de tiers est également vu comme un risque hautement prioritaire, notamment en raison du durcissement du marché des assurances crédit. En troisième position des préoccupations de dirigeants se situe le risque de pertes substantielles de clients. Par ailleurs, l’Europe occidentale est la seule région dans laquelle le développement de mesures protectionnistes constitue l’un des 10 principaux risques pris en considération, et ce en dépit des tentatives des politiques visant à les restreindre.
L’Europe occidentale a la particularité d’être la seule région dans cette étude où aucun des risques prioritaires n’excède significativement la sévérité perçue dans les autres régions.
4. Europe de l’Est
L’Europe de l’Est est particulièrement vulnérable à la crise économique et financière actuelle d’une part du fait de la confiance accordée ces dernières années aux marchés extérieurs pour alimenter la croissance interne et d’autre part en raison de la forte dépendance à l’exportation vers les pays d’Europe occidentale alors même que les marchés s’affaissent.
Il ressort donc selon l’étude que le risque majeur pour les dirigeants de la zone concerne les fluctuations monétaires qui ont pour effet de faire chuter la consommation. Après plusieurs années de stabilité, les devises locales se sont effondrées à partir de la fin 2008, ayant pour effet de réduire le pouvoir d’achat des populations et d’augmenter le coût des importations. Le risque principal suivant est celui de l’insolvabilité de tiers, suivi par celui de la perte de clients.
Par contre, des risques comme la fraude et la corruption ou encore les émeutes ne sont pas considérés comme des risques essentiels pour les dirigeants de la région et se placent respectivement aux 17e et 39e rangs. L'EIU explique ce classement par le fait que ces faiblesses sont connues de longue date dans le milieu des affaires et que les entreprises considèrent être habituées à traiter avec ces problèmes.
De façon générale, les dirigeants de la zone Europe de l’Est semblent particulièrement peu préparés à faire face aux principaux risques auxquels ils sont confrontés.
5. Russie
Frappées très durement par la crise économique mondiale, les entreprises russes redoutent tout particulièrement que le pays entre en récession alors que le rouble arrive à se maintenir à un niveau stable. L’étude juge cette perception comme exagérée dès lors que la Banque centrale russe (RCB) est massivement intervenue pour gérer la baisse du rouble suite à la crise économique mondiale. De plus, les prix élevés du pétrole ont largement limité la défaillance de la monnaie nationale. Par conséquent, une véritable inquiétude face à ce risque semble disproportionnée à moins qu’une nouvelle chute radicale des cours du pétrole ne survienne dans les prochains mois.
Le deuxième risque prioritaire pour la Russie est celui de fraude et de corruption, alors qu’il n’est placé qu’au 15e rang des préoccupations globales. Dans l’indice de perception de corruption publié en 2008 par l’ONG Transparence internationale, la Russie occupe la 147e position (sur 180) en même temps que le Bangladesh, le Kenya et la Syrie.
Un des risques perçu comme le moins important est la menace de mécontentement social susceptible de menacer les dirigeants. La plupart des syndicats étant proches du Gouvernement, les protestions éventuelles resteront probablement isolées et localisées si elles doivent avoir lieu.
De façon générale, les niveaux de préparation pour lutter contre ces risques sont très faibles, notamment s’agissant des risques de fluctuation monétaire et de fraude et corruption. Ce constat reflète le niveau relativement bas de maturité dans la gestion des risques dans le pays mais aussi l’incertitude politique et économique qui prédomine dans les affaires en Russie.
6. Afrique du Nord – Moyen-Orient
En dépit du fait que la crise économique a augmenté le niveau de liquidités dans la région grâce à une hausse des cours du pétrole, le risque lié au coût et à l’octroi des crédits est perçu comme hautement prioritaire. Mais le risque le plus critique dans cette région concerne les fluctuations monétaires, en raison de l’affaissement de nombreuses devises au cours des derniers mois. Par ailleurs, dans beaucoup d’économies majeures de la région MENA (Middle-East North Africa), particulièrement dans les six États du Conseil de Coopération du Golfe (CGC), il existe beaucoup d’incertitudes quant au rythme et à la nature des réformes monétaires planifiées, ce qui rend la situation d’autant plus complexe à maîtriser. Enfin, consécutivement à l’amélioration considérable du climat des affaires dans la zone, le risque de fraude et de corruption est devenu paradoxalement prioritaire pour les dirigeants.
De façon générale, le niveau de préparation par rapport aux risques perçus a tendance à être plus haut dans cette région que dans la plupart des autres régions aux économies émergentes. Ainsi, très souvent les niveaux de préparation excèdent les niveaux de risques prioritaires sauf s’agissant des risques de fluctuation monétaire et de coût et octroi des crédits. Ce haut niveau de préparation s’explique notamment par un engagement gouvernemental fort qui rassure le milieu des affaires.
7. Asie du Sud-Est
L'étude de l'EIU relève qu'il s’agit d’une région atypique du fait de la diversité des cultures et des systèmes économiques. De fait, la perception des risques est moins homogène que dans les autres régions. En raison d’une très forte dépendance au commerce extérieur, les entreprises des pays de cette zone sont particulièrement attentives aux conséquences de la crise économique et financière actuelle sur leurs importations et exportations. Des variations importantes des taux de change pourraient avoir un impact dramatique sur les revenus. Tout aussi importants et liés à ce premier risque, les risques d’insolvabilité de tiers, de perte de clients et de rupture de commandes sont perçus comme hautement prioritaires par les dirigeants de la région. Le risque de fraude et de corruption existe en Asie du Sud-Est mais il est perçu par les dirigeants comme moins problématique que dans d’autres régions. D’une part, les disparités quant à la perception de ce risque soient importantes au sein même des pays de la région. D’autre part, selon l’étude, il semblerait que les dirigeants d’Asie du Sud-Est acceptent l’idée que la corruption est en partie inévitable.
Globalement, les dirigeants de la zone annoncent être bien préparés face à ces risques. Le niveau de préparation excède le niveau de perception du risque dans 50% des cas.
8. Asie du Sud
Comme dans de nombreuses régions, les dirigeants sud-asiatiques sont particulièrement sensibles aux risques économiques. Ainsi se trouvent en tête des risques les plus sensibles les risques de coût et d’octroi des crédits, de fluctuation monétaire et de volatilité des prix, l’économie de la région dépendant de plus en plus des exportations, notamment dans le domaine des services, et du coût d’importation des matières premières. Toutefois, contrairement aux autres régions, les dirigeants sud-asiatiques accordent une importance toute particulière à la problématique du terrorisme. La région est en effet un vivier de prétendants pour des attaques à travers le monde et les économies de la région pourraient en être affectées. De plus cette perception est amplifiée par le fait que les Gouvernements de la région ne disposent pas des ressources nécessaires pour lutter contre cette menace. Même dans le cas contraire, une protection efficiente contre le risque terroriste sera difficile à opérer par les entreprises en raison de son caractère aléatoire.
Comme dans d’autres régions à pays émergents, le degré de préparation face à ces risques est relativement faible. Ceci est particulièrement vrai pour le terrorisme, qui devient un risque majeur et pour lequel les Gouvernements et les entreprises commencent seulement maintenant à mettre en place des mesures de réduction.
9. Chine
L’étude relève à quel point les préoccupations des dirigeants chinois sont proches des préoccupations au niveau global. 5 des 6 risques principaux de la Chine soit les mêmes que dans le classement global. Ceux-ci concernent les risques de fluctuation monétaire, d’insolvabilité de tiers, de coût et d’octroi de crédits, d’annulation de commandes et de pertes de clients. Par contre, les dirigeants chinois se démarquent par rapport à leurs homologues étrangers en ce qui concerne les considérations environnementales. La pollution compte parmi les risques majeurs. Le non-respect des normes environnementales peut avoir des incidences négatives sur la réputation des entreprises, notamment en raison des standards environnementaux que les entreprises étrangères sont tenues de respecter. Finalement, il est intéressant de noter que les risques d’espionnage industriel et d’atteinte à la sécurité de l’information sont classées aux rangs 9 et 10 des préoccupations des dirigeants chinois, alors que ces risques atteignent les rangs respectivement 18 et 16 du classement global.
Le niveau de préparation des dirigeants chinois est beaucoup plus bas que dans la plus part des autres régions. L’étude explique cela par le fait qu’en raison du taux de croissance particulièrement élevé, les entreprises chinoises valorisent la flexibilité d’avantage que le niveau préparation aux risques.
Il existe beaucoup de similitudes dans l’appréhension des risques dans les zones géographiques délimitées par cette étude. La crise économique et financière mondiale a obligé les dirigeants d’entreprise à reconsidérer fondamentalement leur vision des risques et à se focaliser principalement sur ceux pouvant toucher la stratégie et la gouvernance d’entreprise. Toutefois, même s’il existe un tronc commun dans l’appréhension des risques, les disparités régionales peuvent être importantes. Il est essentiel de connaître et de prendre en considération ces particularités, tout particulièrement dans des démarches d’implantations internationales.